Le premier jour, la question n’est pas de savoir si vous allez travailler. C’est de savoir où poser votre sac, à qui dire bonjour, et si vous pouvez vous servir de la machine à café sans demander. Ces détails minuscules occupent facilement une matinée entière quand on n’a jamais travaillé ailleurs que chez soi.
L’arrivée et les codes du lieu
Arrivez un peu avant votre heure habituelle. Vous aurez besoin de ce quart d’heure pour le tour du propriétaire, et ce tour, il faut le demander. Personne ne vous le proposera si vous avez l’air de savoir où vous allez.
Les questions utiles ne sont pas celles auxquelles on pense en préparant son sac.
- Comment on entre le matin et comment on referme quand on part le dernier.
- Où sont les prises libres et lesquelles sont réellement alimentées.
- Comment fonctionne la connexion, et à qui on s’adresse quand elle tombe.
- Où l’on téléphone sans gêner la pièce.
- Ce qu’on fait de sa tasse et de ses restes de midi.
Testez votre matériel avant votre premier rendez-vous et pas pendant. Branchez, connectez-vous, lancez un appel d’essai de deux minutes si votre journée en comporte un. C’est le genre de vérification qui prend cinq minutes le matin et qui vous en coûte trente si vous la sautez.
Le reste s’apprend en regardant. En une heure vous aurez repéré qui parle fort, qui arrive tôt, et où les gens se mettent quand ils veulent la paix.
Choisir sa place le premier jour
Si le poste vous est attribué, vous n’avez rien à choisir, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour un premier jour. Vous posez vos affaires, vous réglez le siège et la hauteur des écrans, et vous commencez.
Si les places sont libres, ne vous installez pas au milieu du passage sous prétexte que c’était le seul bureau vide en arrivant. Faites un tour complet avant de poser quoi que ce soit. Et considérez cette première place comme provisoire. Vous en changerez sans doute au bout de trois jours, personne ne vous en voudra.
Une erreur revient souvent, se réfugier dans le coin le plus isolé de la pièce. C’est rassurant le premier jour, et cela vous prive exactement de ce que vous étiez venu chercher. Installez-vous là où vous verrez passer du monde, quitte à reculer ensuite.
Les premiers échanges
Vous n’avez pas à vous présenter à toute la pièce. Un bonjour en entrant suffit largement, le reste vient tout seul devant la cafetière ou dans le couloir.
On vous demandera ce que vous faites. Ce n’est pas de la politesse de façade, c’est le fonctionnement normal d’un lieu partagé, et la réponse tient en une phrase. Évitez d’en faire un argumentaire, vous n’êtes pas à un rendez-vous commercial. Beaucoup de gens franchissent la porte pour cette raison précise, parce que travailler seul chez soi finit par peser plus qu’on ne l’imagine au départ.
L’écueil inverse existe aussi. On discute, on se lève, on refait un café, et à seize heures rien n’a avancé. Ce n’est pas grave un premier jour, c’est même un peu attendu. Repérez juste le moment où la conversation devient une façon de repousser le dossier qui vous attend.
La pause déjeuner
C’est le moment qui surprend le plus. Chez vous, vous mangiez devant l’écran en dix minutes sans y penser. Ici la pause est visible, et vous allez hésiter entre suivre le mouvement et rester à votre poste pour avancer.
Suivez le mouvement, au moins ce jour-là. Vous apprendrez plus sur le lieu en vingt minutes dans la cuisine que pendant toute la matinée. Regardez comment cela se passe concrètement, qui réchauffe quoi, s’il y a un frigo, à quelle heure la pièce se vide.
Prévoyez votre repas plutôt que de partir à la recherche d’un endroit où manger. Le premier jour, une décision de moins à prendre, c’est autant de gagné.
Ce qu’on sait le soir venu
À dix-huit heures, vous saurez trois choses. Si le bruit vous a gêné ou non, si vous avez produit autant que chez vous, et si vous avez envie de revenir demain. C’est déjà beaucoup pour une seule journée.
Vous ne saurez pas encore si le lieu vous convient sur la durée. Une première journée reste particulière, vous observez plus que vous ne travaillez. Le vrai test se joue sur deux ou trois semaines, quand le lieu devient banal et que vous jugez sur vos résultats plutôt que sur vos impressions.
C’est aussi pour cette raison qu’une visite éclair de dix minutes n’apprend presque rien. Quand vous repérez un espace de coworking à Perpignan, jugez-le sur ce que vous y aurez produit au bout de quelques jours, pas sur l’impression du premier quart d’heure.
Emportez le minimum ce premier jour. Ordinateur, chargeur, casque et de quoi écrire. Vous verrez bien assez vite ce qui vous manque vraiment.